Je suis allée hier passer quelques heures à Lombok pour y acheter des perles, surtout ces fameuses perles des mers du Sud qui sont cultivées au large du port de Bangsam. On voit les fermes du bateau en arrivant. J’étais très curieuse de voir de quoi aurait l’air l’île, puisqu’elle est si belle de Gili T. Les paysages sont dramatiques, avec leur vert intense, leurs dénivellations impressionnantes et les baies cerclées de sable doré. Par contre, pour ce qui est de la géographie humaine, rien à voir avec Bali. Peut-être n’en n’ai-je pas vu assez, mais Senggigi, Bangsam et les quarante-cinq minutes de voiture qu’il m’a fallu entre les deux ne m’ont pas du tout donné le goût de visiter Lombok, sauf si j’étais une vraie amateur de plein air. Je suis pourtant habituée de voir des maisons modestes et pas jolies du tout en voyage, normalement, ça ne me frappe pas vraiment et ne me fait nécessairement croire qu’un endroit est laid. Ici, Lombok souffre trop de la comparaison avec Bali, où la beauté est omniprésente peut importe où se pose notre regard. A seulement une heure de bateau rapide, c’est frappant.
Les maisons balinaises ont presque toutes l’air de petits temples, avec les ornements qui s’imposent. Chaque famille a d’ailleurs son temple où se tiennent les cérémonies familiales. Pour nous accueillir, il y a des statues représentants des dieux hindous. Et ces statues ne sont pas mises là comme les lions devant les maisons italiennes de Montréal Nord, simplement pour orner. Elles sont vêtues d’un sarong (quand Simon a demandé pourquoi toutes les statues avaient une pièce de tissu autour d’elles, la jeune fille l’a regardé, l’air de trouver la question idiote et a répondu « Eh bien, elles sont habillées comme nous ») et on leur offre à tous les jours des offrandes sous forme d’encens, de fleurs et de riz ou de biscuit. Ça apaise les démons et ça fait le régal des fourmis. Les offrandes, c’est du sérieux et c’est tant mieux, parce que grâce à elles, il y a des fleurs partout, même sur les trottoirs. Sans compter que je demeure persuadée que c’est leur attachement à leur religion et leurs croyances qui fait que les Balinais ne sont pas « pervertis » par l’Occident et que leur culture ne se trouve pas reléguée comme du folklore pour les touristes. Aucun bâtiment ne doit dépasser la hauteur d’un cocotier : c’est la règle qui a été établie par les prêtres lorsque des promoteurs ont voulu commencer à construire d’horribles complexes hôteliers pour gringos.
Outre la sculpture, la peinture et l’architecture, les arts de la scène ne sont pas en reste : danse, musique, théâtre, on dirait que les Balinais savent tout faire. Ubud était bien sûr l’endroit idéal pour en profiter et nous avons d’abord assisté à un spectacle de marionnettes sous forme d’ombres chinoises. La délicatesse des marionnettes, qui sont découpées de profil, fait penser à de la dentelle. Il y a toujours la musique du gamelan qui accompagne les représentations (on dirait un mélange de xylophone et de vibraphone) et qui nous submerge par ses sonorités profondes. Notre seconde expérience fut un spectacle de Legong, la danse traditionnelle. La séance était découpée en plusieurs scènes mettant en vedette chacun un personnage : le guerrier, les amoureux, la danse de bienvenue, la jeune fille. Un peu long pour les enfants (comme les marionnettes d’ailleurs), mais tout le monde était content d’avoir vu en peu de quoi il en retournait. Le Legong est tellement différent de ce que nous avons l’habitude de voir chez-nous, on a d’abord l’impression qu’ils ne font que bouger leurs doigts et rouler des yeux de fous. Mais non, chaque personnage a sa chorégraphie, avec des mouvements qui lui sont propres. Valentine et moi avons pu le remarquer dans le superbe ballet du Ramayana que nous sommes allées voir. Valentine avait tellement hâte de voir le prince Rama et la princesse Sita, elle est restée captivée du début à la fin. Il y avait son ami l’oiseau Garuda (son visage s’est illuminé quand il est entré sur scène), le singe Hanuman, les méchants rakshashas, le vilain Rayama, tout le monde y était. Quand à la toute fin, les danseurs ont invité les gens du public à aller prendre une photo avec eux, tout le monde était gêné. J’ai proposé à Valentine d’y aller, elle n’osait pas, mais nous nous sommes approchées et c’est le prince Rama qui l’a prise par la main pour l’emmener sur scène, Tout le monde a applaudi la petite fille qui a brisé la glace et Valentine rayonnait d’être entourée de tous les personnages.
Jusqu’à présent, le seul pays que j’ai vu qui pourrait rivaliser avec Bali au chapitre de la beauté, c’est l’Italie. L’Italie a le souci du design en plus, mais à Bali, on sent que l’art habite l’ensemble de la population, et non pas juste quelques figures marquantes. Les marchands sont aussi artisans, musiciens, danseurs, peintres. C’est ce qui fait son unicité.
Pas de photo??? Mais tes mots me mettent de merveilleux paysages en tête pour l'heure du dodo!
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