jeudi 15 décembre 2011

Fébrilité

Depuis que le mois de décembre a commencé, je me sens fébrile : les enfants viennent d’avoir quatre ans, l’ambiance des Fêtes me rattrape et bien sûr, la perspective du voyage qui s’en vient. On dirait que je n’arrive pas à y croire : on part vraiment et c’est mon projet, ce voyage. À seulement deux semaines du départ, j’ai ce sentiment que ce ne sera pas un voyage ordinaire, qu’il y aura un avant et un après Bali. Ce ne sont pas tous mes voyages qui deviennent des pierres marquantes et on ne le sait jamais vraiment avant, mais celui-ci, j’ai cette impression. Je l’ai eu avant de partir en Turquie, je savais qu’à la fin de mon baccalauréat en histoire et de ma vie en appartement à Québec, je venais de terminer quelque chose qui ne reviendrait plus jamais. Le voyage en Turquie et la vie à Londres ont clairement fait cette coupure, j’en suis revenue transformée pour toutes sortes de raisons. En préparant mon voyage de deux mois d’Istanbul au Caire, je sentais que j’allais vivre quelque chose d’inhabituel parce que je partais seule dans des pays où personne de ma connaissance n’était jamais allé, des pays réputés dangereux (ce qui  n’était pas du tout le cas soit dit en passant). Ce voyage-là a été déterminant pour moi et n’est certainement pas étranger à l’amour que je porte depuis pour le monde musulman et arabe. D’ailleurs, une fois à Bali, je veux aller aux îles Gili entre autres pour avoir le bonheur d’entendre l’appel à la prière.
Il y a aussi cette idée que cela m’enchante de partir vers l’Ouest. Comme si j’allais découvrir un nouveau territoire juste parce que je ne m’envole pas dans le même sens que d’habitude, parce que je vais traverser le Pacifique. Je ne pense pas l’avoir ressenti en allant en Argentine, peut-être parce que je suis souvent allée en Amérique centrale et donc qu’il ne s’agissait que d’aller un peu plus au Sud. L’Ouest. Ça me semble vraiment être le bout du monde. Je vais à l’autre bout du monde, là où le jour est la nuit et vice-versa. Dans un monde complètement différent du mien. Même si Bali reste très touristique, je vais quand même dans un pays où vivent des peuples qui ne connaissent à peu près rien de la modernité. C’est tout de même incroyable. Ça aussi, ça ajoute à l’idée de bout du monde.
Et, au final, comme disait Henry Miller : « One’s destination is never a place rather than a new way of looking at things. » C’est beaucoup pour cela que je ressens ponctuellement le besoin de sortir du Québec.

samedi 15 octobre 2011

Dur labeur

En plus de me faire découvrir mondes et merveilles, chacun de mes voyages m’a révélé quelque chose sur moi-même ou sur la vie que je désirais mener. Derrière l’orgie d’odeurs, de découvertes et d’aventures, une vérité se dévoile et ouvre de nouvelles fenêtres à la connaissance de ce que je suis et/ou de ce que je veux être. En résulte toujours un sentiment assez grisant d’avoir  le contrôle sur la vie que je désire mener.
Ces dernières semaines, je me trouve plongée dans plusieurs projets professionnels qui accaparent mon esprit à tous les instants. Cette situation me rappelle ce que j’ai vécu en 2004, lors d’un voyage au Moyen-Orient qui m’a fait le plus grand bien pour plusieurs raisons, mais qui m’a surtout permet de remettre en perspective l’importance du travail que je fais.
Je terminais alors un contrat et travaillais sur un dossier d’envergure internationale, qui avait culminé sur une reconnaissance mondiale exceptionnelle pour le projet en question. Vu de l’intérieur, j’avais la certitude que tout le monde suivait l’aventure avec passion. La couverture médiatique importante ne faisait que rajouter à cette impression. À la fin de l’aventure, j’avais décidé de partir pour un voyage de six semaines en Syrie, Jordanie et Égypte, avec un vol pour Istanbul. J’étais seule pour les trois premières semaines (Syrie et Jordanie), mon amoureux venant me rejoindre en Égypte. Dans ces circonstances, je me trouvais particulièrement ouverte aux  rencontres de passage que tout bon backpacker fait au fil de son voyage. Inévitablement dans mes échanges avec ces voyageurs survenait la question de notre travail. Il faut dire que d’habitude, chez les backpackers, le travail est plutôt vu comme un moyen, pas une fin (la fin étant de voyager). On discute donc géographie, politique, aventure, on échange des infos, on partage nos découvertes, nos impressions, nos lectures. Le travail n’entre pas souvent dans l’équation, en tout cas pas au premier abord.
Mais là, après une telle aventure professionnelle, j’attendais toujours avec une certaine frénésie la question : What do you do for a living?, histoire de péter plus haut que le trou et de pouvoir répondre, d’un ton faussement détaché : Je fais ceci. Justement, j’ai travaillé sur tel projet, peut-être avez-vous entendu parler de X? De mon point de vue, PERSONNE sur la planète n’avait pu passer à côté! Observant du coin de l’œil mon petit effet, la réponse se faisait, invariable, peu importe mon interlocuteur : No, sorry, didn’t heard of it. Les premières fois, je me disais que c’était l’effet du hasard, que je tombais sur des gens peu familiers avec mon domaine. Mais non, ce fut ainsi tout le long du voyage, enfin, jusqu’à ce que je me tanne et répondre laconiquement à la question de mon emploi.
Au début, j’avais cette drôle d’impression d’avoir travaillé si fort pour un projet qui n’était finalement pas aussi important que promis. Comme si tous ces efforts s’avéraient, au final, dérisoires et que cela dévaluait toute l’opération. Et au fur et à mesure que j’avançais dans mon périple, et que je recevais cette réponse (Didn’t heard of it) il s’est produit deux choses. La première, c’est que cette réponse libératrice me coupait complètement de mon travail, me procurant ainsi de véritables vacances. Là où j’étais, mon gagne-pain ne disait rien à personne, les «célébrités» avec qui je travaillais étaient inconnues de tous, c’était follement libérateur.
Ce sentiment entraîna une deuxième constatation : notre emploi, sans vouloir dénigrer son importance, n’est pas tout et, aux yeux de bien du monde, peut sembler carrément futile. Il faut savoir jauger justement la place qu’il occupe dans nos vies et dans la vie. Il y a une scène assez triste dans le film About Schmidt d’Alexander Payne, où le personnage principal, incarné par Jack Nicholson voit le fruit de toute sa vie de dur labeur (pour une compagnie d’assurances) dans des cartons sur le bord de la rue, ses dossiers prêts pour le recyclage. Il faut garder une certaine lucidité par rapport à notre travail, à la position centrale qu’il doit occuper dans nos vies. Le voyage m’aide toujours à remettre les choses en perspective. C’est l’occasion de me remettre les idées à la bonne place, de me rappeler la juste place que j’occupe dans la marche de monde : essentielle et insignifiante à la fois. Il en est de même pour mon travail à l’échelle de ma vie.  À chaque fois, c’est une belle leçon d’humilité, mais également d’orgueil. Deux mois et demi avant le départ et après deux ans sans réelles vacances : j’ai besoin d’abord de me détacher complètement de mon quotidien et de ma job et ensuite de me faire rappeler que le travail, ce n’est pas tout dans la vie!

mardi 30 août 2011

Départ

Le prochain pays que je visiterai sera le vingtième. Nous irons à Bali, en Indonésie, une toute petite île dont on peut faire le tour en une journée, paraît-il. Nous, c’est moi, mon amoureux et notre progéniture, que j’emmène puisque je suis sérieusement piquée de la mouche du voyage et que je n’ai jamais eu l’intention de m’arrêter avec des enfants. Même avec des jumeaux, même s’ils sont encore petits. Suffit de choisir des pays exempts de malaria, d’être organisée et d’avoir le sens de l’humour.
Mais trève de présentation, si ce blogue existe, ce n’est pas seulement pour donner de nos nouvelles aux parents et amis  qui seront demeurés dans la blancheur hivernale de janvier, mais aussi pour partage des réflexions qu’inspirent le voyage et ce, tout au long de cette aventure. Pas seulement ce voyage-ci, mais le voyage. Car le voyage, il ne commence pas au moment de prendre l’avion, il commence dans notre tête. Il ne se termine pas non plus lorsque nous sommes de retour dans nos pantoufles, il nous transforme, devient une part de nous-même et nous accompagne toute notre vie. Parce que nous avons de beaux  souvenirs auxquels nous rapporter et qui nous font du bien quand tout va mal, ou de moins beaux souvenirs qui nous font rire après coup (vous savez, ces épisodes ou l’on s’est demandé ce qu’on était venu foutre dans ce bordel de trou perdu loin de sa mère, loin de sa maison, loin de TOUT?). Parce le voyage nous sort de notre zone de confort et nous force à voir le monde sous un autre angle. Parce qu’en voyage, on déploie toutes nos ressources, on stimule notre système D et on en ressort mieux armé pour la vie. Mais finalement, moi, si je voyage, c’est d’abord et avant tout parce que j’aime ça et que sans la perspective d’un prochain départ, je suis malheureuse comme les pierres.